L'imitation de Jésus-Christ
Thomas a Kempis (1424 -1427) - Lamenais (1824)
Livre 1 Livre 2 Livre 3 Livre 4
"L'imitation de Jésus-Christ" : Ces 4 livres auraient été écrits entre 1424 et 1427 par Thomas Hemerken dit a Kempis à l'époque de Jeanne d'Arc donc bien avant la réforme ou la découverte de l'Amérique. La traduction française choisie est celle de Lamennais en date de 1824.

Ce livre semble témoigner d'une grande intelligence de l'esprit humain, surtout de ses faiblesses: impatience, dépendance vis à vis des autres et de leur jugement, besoin continuel d'être rassuré, facilité de dispersion, poursuite de choses futiles, alternances entre excitation et dépression etc.. . De plus, je ressens profondément ce qu'il dit en parlant de la grâce, qui vient et va, console et éclaire et que l'on ne mérite guère. Par ailleurs, j'ai le sentiment que l'être intérieur dont il parle, celui qui bénéficie de la grâce est cette âme que je voudrais bien acquérir. En cela, ce livre me plaît et il me semble être une lumière dans mon chemin au milieu des ténèbres.

Par contre la conception de Dieu et de la relation que l'on peut avoir avec lui me fait rejeter cet enseignement qui me semble être un outil de manipulation plutôt qu'une source de vérité :
  1. La vision de Dieu est proche de celle d'un bourreau tortionnaire, un malade mental et qui en plus voudrait que ses esclaves maltraités l'adorent. Il est l'arbitraire absolu. Ses lois; il les applique quand il veut et à qui il veut. Il condamne les uns et sauve les autres et il nous interdit d'essayer de comprendre pourquoi. C'est le pouvoir absolu et nous le savons: le pouvoir absolu rend fou sur Terre comme au Ciel. Je ne comprends pas que l'on puisse honnêtement parler d'un Dieu de bonté en pensant à lui. Le jugement dernier est une épreuve insurmontable pour la plupart des hommes. Il aurait créé des hommes pour essentiellement les torturer sur Terre et les condamner pour l'éternité. Il semblerait même que le sacrifice de Jésus n'ait fait qu'entrouvrir la porte du Paradis.

  2. La vision de la relation que l'on doit avoir avec Jésus-Christ, qui éventuellement nous fera passer le jugement dernier avec succès, me semble malsaine. Comme Jésus humilié, flagellé et mis en croix, il faut souffrir et aimer cela afin de communier avec lui. Cette communion avec Jésus dans l'humiliation et la souffrance est du masochisme et de la perversion. De plus ces prières continuelles et cette servilité obséquieuse envers le Seigneur me répugnent. Si le Seigneur exigeait cela, je n'aurai aucune admiration pour lui.

    Par ailleurs, je ne crois pas à la vie dans l'au-delà que ce soit au Paradis ou en enfer et encore moins à l'éternité qui sont des notions complétement contraires à un esprit scientifique. De plus ces promesses de récompenses dans l'au-delà mes semblent être des artifices de ventes proches de l'escroquerie. C'est une forme de corruption et alors comment croire à la sincérité des fidèles serviles et obséquieux qui espèrent toucher le gros lot. Je ne crois pas non plus à l'intervention continuelle du Seigneur sur Terre ou à sa connaissance intime des créatures et le besoin de les manipuler.

  3. Enfin le rejet du monde et la maltraitance de son corps me semble dire à Dieu que sa création est un échec, qu'il a mal travaillé. Les enfants et même les adultes doivent s'incarner dans le monde. S'il ne fallait pas s'incarner dans le monde, pourquoi Dieu l'aurait il créé à moins qu'il ne l'ait fait par erreur. C'est en s'incarnant dans le monde que l'homme va se développer et se réaliser. Quant au corps, c'est la seule chose qui nous appartienne vraiment, c'est notre royaume, et pourtant souvent nous le maltraitons et le mutilons sans pour autant nous rapprocher de Dieu. Le corps est bien peu responsable de nos malheurs, c'est dans la tête que tout est pourri. L'âme, si l'homme en acquière une, sortira de son corps et non de son esprit fumeux, tout comme le papillon sort de la chenille. La chenille devrait être l'exemple à suivre. Quand elle se transforme en chrysalide et laisse s'envoler un papillon, elle quitte le monde. Elle le fait à la fin de sa vie sur terre et pas avant.

  4. Le quatrième livre "Du sacrement de l'Eucharistie" me perturbe. Avec lui, on entre dans l'irrationalité: le mystère et la magie. Les premiers livres se penchent sur la relation de l'homme avec le divin; le dernier semble être là pour justifier la constitution de l'Eglise et de sa hiérarchie comme intermédiaire entre le divin et les fidèles. C'est la pierre angulaire du pouvoir de l'Eglise en justifiant l'institution des évêques comme les successeurs des apôtres à même d'ordonner les prêtres en charge de ce sacrement et de sa distribution aux fidèles. Cela me semble être un artifice.

Conclusion: En dépit de toutes les critiques que je viens de faire, je crois que ce livre permet d'avancer dans la connaissance de soi et éventuellement dans la réalisation de ce pourquoi nous avons été créé. La méthode me semble bonne et utilisable même sans croire au Paradis ou à la vie éternelle et sans la nécessité d'avoir à l'esprit la crainte de ce Dieu monstrueux. Le seul intérêt de ces fariboles est une prise de conscience que nous vivons dans un océan de mensonges et cela depuis toujours; un monde où les dominants cherchent à dresser et faire obéir les dominés à coups de bâton et de mensonges.

Jean de Peyrelongue - Novembre 2015